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Terrain de pratique 6 — L’Avalée : l’épreuve de la fiction

L’Avalée est un texte en cours d’écriture de Julie Jaroszewski. La Situation(s) menée à l’ESACT en constitue le premier geste de mise au plateau. Pensée comme un laboratoire de recherche, elle permet aux étudiant·es d’expérimenter les matériaux du projet tout en nourrissant la finalisation de son écriture et de sa future mise en scène.

Un jeune homme enquête sur les archives d’une petite cellule communiste dans une vallée belge. Il entreprend un voyage initiatique à la recherche de ses traces. Il veut danser la Danse de la mort, une vieille danse oubliée, capable de faire apparaître le peuple-dragon, l’hydre aux mille têtes : une figure internationaliste du peuple.

Dans sa quête, Yvonne le guide et le met à l’épreuve. Refusant toute patrimonialisation des luttes passées, elle interroge sans relâche son geste. Lao, transposition théâtrale de Julien Lahaut, mène la danse et mobilise le théâtre pour faire apparaître les responsables de son assassinat ainsi que les liens souterrains qui unissent colonialisme et anticommunisme. La Danse de la mort fait ressurgir une histoire des coulisses et des vaincus de l’histoire de la Belgique. Dans cette vallée avalée par le récit national, les morts cherchent les formes par lesquelles le rêve internationaliste peut encore être sauvé et transmis.

Conduite : Julie Jaroszewski, Arthur Aurick, Coline Fouquet

Création du masque : Jonas Hervouet

Samedi 20 juin à 20h
Lundi 22 juin à 17h30
Merceesi 23 juin à 15h30*

Lieu Esact, 5 quai Banning

AURICK Arthur, BLANCHARD Fanch, DUTHOIT Mia, GUILLOT Louise, NASSR Fadi, VAN ACCOLEYEN Solène

En sortant de cette première expérience, un problème devient manifeste. Le dispositif fictionnel dans lequel j’avais organisé cette matière s’était malgré tout refermé sur lui-même. À force de construire un monde, ses personnages et ses règles, quelque chose du travail qui avait précisément produit L’Avalée disparaissait : l’acteur·ice en train de chercher. Le passage à la fiction risquait de dissimuler derrière le personnage ce que les laboratoires précédents avaient placé au centre : manipuler l’archive, proposer une hypothèse, se tromper, changer de point de vue, rendre une contradiction visible.

La reprise devra donc radicaliser quelque chose qui était déjà présent dans les essais de l’ESACT : rendre visibles le jeu et ses coulisses, pouvoir passer du personnage à l’acteur·ice, de la fiction à sa fabrication, entrer dans une représentation puis en sortir. Il ne s’agit pas d’abandonner la fiction, mais de l’empêcher de devenir un monde clos.

Une seconde difficulté apparaît : L’Avalée embrasse une matière historique considérable. Solre, Haïti, Vertières, Waterloo, le mouvement communiste, le Congo, Lahaut ne peuvent être mis en relation sans que le spectateur dispose de certains éléments de contextualisation. Le travail fait déjà apparaître des dialectiques — notamment entre Yvonne et Félicie, entre nostalgie d’un monde détruit et réactivation politique des cultures dominées — mais leur intelligibilité historique ne peut reposer uniquement sur la fable.

D’où la nécessité de réintroduire de petites scènes didactiques. Mais « didactique » ne signifierait pas interrompre le théâtre pour dispenser un savoir historique maîtrisé. Le didactisme partirait plutôt d’un problème rencontré par celles et ceux qui cherchent à comprendre et à transmettre : ce qui ne passe pas, ce qui demeure confus pour les acteur·ices elles-mêmes et eux-mêmes, ce qu’il devient nécessaire de mettre au clair pour pouvoir poursuivre la recherche avec le public. Il s’agirait ainsi de rendre perceptibles non seulement les étapes d’une politisation, mais aussi ses difficultés, ses résistances et ses occasions manquées.

Le passage à l’ESACT ne constitue donc pas l’achèvement d’une forme. Il produit plutôt un diagnostic pour sa reprise : rouvrir la fiction afin de rendre visible l’acteur·ice au travail ; conserver la pluralité des registres expérimentés au plateau ; et construire des séquences didactiques brèves où la contextualisation historique procède elle-même d’une recherche, d’une difficulté ou d’une contradiction.

 

Photos : Frédéric Verheyden

 

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